Inceste animal

(http://www.sociobiologie.com/Humain.html) “Depuis les découvertes de John Hoogland sur les chiens de prairies, on connaît les réactions des femelles de nombreuse espèces de mammifères au maintien de leur père comme mâle dominant et copulateur c’est-à-dire au sein du groupe : d’abord un retard de la date de leur premier oestrus, puis, la recherche d’un partenaire sexuel à l’extérieur du groupe. Du point de vue évolutionniste ces deux réactions, physiologique et comportementale, sont très vraisemblablement des mécanismes d’évitement de l’inceste: on voit mal en effet quelle autre pression de sélection aurait pu les faire évoluer.
Les inhibitions et préférences sexuelles semblent constituer, chez les espèces « à risque », des mécanismes tout à fait usuels d’évitement de l’inceste. Ainsi en est-il de la relation frère sœur dans les sociétés multimâles. Chez les macaques, les babouins et les vervets  pour ne citer qu’eux, les jeunes frères et sœurs ont de fréquents jeux et attouchements sexuels pendant leur enfance. Mais à la puberté, ils se tournent vers des partenaires exogames. Cette inhibition sexuelle entre frère et sœur, due à la familiarité, est tout à fait semblable à celle qui existe chez les hommes.
Enfin, les mêmes inhibitions existent entre mère et fils, chez les rares espèces de mammifères où les mâles demeurent dans le groupe natal, alors que les femelles émigrent. Chez les chimpanzés, comme chez les autres singes, les jeux sexuels sont fréquents entre mère et fils non pubère. Mais après la puberté, bien que le jeune chimpanzé mâle reste dans son groupe, les accouplements entre mère et fils sont très rares. Selon Jane Goodall, ils ne surviennent jamais lorsque la femelle est en oestrus.
Tout comme l’Homme, les mammifères « à risque d’inceste » ont donc, au cours de leur évolution, mis au point des mécanismes physiologiques et comportementaux leur permettant d’éviter les accouplements entre proches parents. Cela signifie qu’aux yeux de la sélection naturelle, ces accouplements sont désavantageux pour les individus. Pourquoi? Comparés aux petits issus de croisements exogames, les « rejetons de l’inceste » souffrent d’une plus grande mortalité et d’une moindre fertilité (voir l’inceste chez les animaux ). Ces dernières sont dues principalement à leur taux élevé d’homozygotie : la moitié de leurs allèles délétères sont à l’état homozygote. Les études génétiques menées tant sur l’Homme que sur les mammifères, depuis une trentaine d’années, montrent que la dépression de consanguinité liée à l’inceste entre proches parents, c’est-à-dire la réduction du succès de reproduction des individus « incestueux », suffit généralement à favoriser l’évolution de préférences sexuelles exogames. Les racines du tabou de l’inceste entre proches parents seraient donc profondément ancrées dans nos chromosomes.”

“La dépression de consanguinité qui y est liée expliquerait donc l’évolution de comportements anti-incestueux chez l’Homme et les autres mammifères sociaux. Pourtant, il n’en est rien. Comme l’a montré William Hamilton en 1964, la sélection naturelle favorise en effet les individus qui propagent au mieux leurs gènes dans les nouvelles générations, et non ceux qui engendrent le plus de rejetons. S’il en allait autrement, la stérilité et l’altruisme n’auraient jamais évolué chez les fourmis, par exemple. Or, les croisements entre individus consanguins augmentent la proportion des gènes de ces individus chez leurs descendants. Pour mesurer l’impact de l’inceste sur la valeur sélective moyenne d’un individu, il faut donc prendre en compte deux facteurs : la dépression de consanguinité résultante, et l’accroissement de la proportion des gènes de cet individu chez ses descendants. Ce calcul conduit à un résultat légèrement différent entre mâles et femelles. Pour aborder l’alternative des femelles, considérons une espèce chez laquelle l’identité du partenaire sexuel (proche parent ou non apparenté) n’a aucune conséquence sur l’intensité des soins prodigués aux jeunes. Lorsqu’une femelle s’accouple avec un mâle non apparenté, elle engendre ou élève un nombre N de rejetons. A chacun d’eux, elle transmet la moitié de ses gènes. Elle multiplie donc son génome par N/2. En revanche, lorsqu’elle s’accouple avec son père ou son frère, elle engendre ou élève N x (1-d) petits. Mais elle leur transmet 75 % de ses gènes: 50 % issus directement d’elle-même, et 25 % transmis par son père (ou son frère), qui partage avec elle la moitié de ses gènes. Une femelle « incestueuse » multiplie donc son génome par (1-d) x N x 3/4. Pour savoir si l’inceste est ou non adaptatif pour les femelles, comparons les valeurs de transmission des gènes maternels dans les deux situations. Si l’identité du mâle n’a aucune conséquence sur la quantité des soins prodigués aux jeunes, la sélection naturelle doit favoriser le choix d’un mâle exogame lorsque la dépression de consanguinité due à l’inceste est supérieure à 1/3. Si elle est inférieure, elle doit, a contrario, favoriser le choix d’un proche parent (frère ou père). Peut-on appliquer ce résultat aux vertébrés sociaux? En reprenant les mesures réalisées chez les mammifères, on constate que cette valeur seuil de 33 % correspond exactement à la valeur moyenne tenue pour une sous-estimation de la dépression de consanguinité chez ces animaux. « L’inceste » est donc probablement désavantageux pour les femelles chez la majorité des espèces étudiées. Pour affiner les conclusions, il faudrait mesurer plus précisément la dépression de consanguinité dans chacune des populations étudiées (ou d’autres), et enquêter sur la pratique de « l’inceste » dans les populations sauvages de ces espèces. Chez les mâles, la situation est quelque peu différente. Lors d’un choix « officiel » entre une femelle exogame et une proche parente (mère ou soeur), l’alternative est identique à celle des femelles: l’inceste sera également désavantageux si d > 1 /3. Ainsi, chez les espèces monogames ou faiblement polygynes, le choix des partenaires sexuelles « régulières » (apparentées ou exogames) doit donc s’accorder avec celui des femelles. Cependant, les mâles peuvent accroître leur descendance en s’accouplant avec le plus de femelles possible. S’il s’agit d’une liaison « en plus », et non d’un choix entre partenaire exogame et endogame, l’alternative d’un mâle serait de laisser sa fille (ou sa soeur) s’accoupler avec un mâle non apparenté, auquel cas il transmettra, à travers elle, N/4 fois son génome; s’accoupler avec elle et transmettre ainsi (1-d) x N’ x 3/4 fois son génome. Si l’investissement paternel des mâles chez cette espèce est faible, une femelle incestueuse peut élever autant de jeunes qu’une femelle exogame: N’=N. Dans ce cas précis, l’inceste est adaptatif pour les mâles si la dépression de consanguinité est inférieure à 2/3. Cette valeur correspond à une charge moyenne en allèles délétères de 8,2 e.l., rarement atteinte chez les mammifères. Chez la plupart d’entre eux, l’inceste « extraconjugal » n’est donc pas désavantageux pour les mâles, alors qu’il l’est généralement pour les femelles. De là à prédire que chez de nombreuses espèces sociales vivant en harems, les pères doivent tenter de retenir leurs filles pour s’accoupler avec elles, alors que celles-ci doivent l’éviter, il n’y a qu’un pas…” http://www.sociobiologie.com/Vivant.html#inceste2

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About plandoin

Currently studying religion at King's College London and philosophy at Bordeaux 3, I like to share ideas and working papers.
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